Grossesse et post-partum: quelles sont les conséquences ?

Publié le : 30 septembre 202014 mins de lecture

Désirer et planifier la naissance d’un enfant est presque toujours un événement central dans le parcours existentiel d’un couple. Les femmes et les hommes consacrent une grande partie de leur temps ensemble, de leurs pensées et de leur énergie à planifier et à vivre la parentalité. Cependant, la période de reproduction, en particulier pendant et immédiatement après la grossesse, aussi riche en désirs, en attentes et en images positives soit-elle, est aussi potentiellement stressante en raison des changements importants qu’elle produit dans l’état émotionnel et psychologique des partenaires. Ces changements ne concernent pas seulement les femmes, mais aussi les hommes. Au-delà des événements imprévus et douloureux, grossesse à risque, fausse couche dans les premiers mois ou à l’approche de la naissance, problèmes d’infertilité et nécessité d’un traitement pour la guérir en termes généraux, les hommes et les femmes vivent le stress de la grossesse et du post-partum de manière différente mais avec des caractéristiques étonnamment similaires.

L’anxiété de devenir papa

On a beaucoup écrit sur l’anxiété et la dépression des femmes pendant la grossesse. La dépression post-partum, ainsi que le baby blues est très étudiée et fréquemment traitée par les psychologues. Au contraire, les difficultés existentielles des hommes dans cette période délicate sont souvent sous-estimées. Par exemple, on sait que pour les femmes, l’anxiété est élevée pendant la première période de la grossesse et diminue pendant la deuxième phase, puis revient à un niveau élevé pendant la période prénatale. L’humeur dépressive, en revanche, disparaît dès le premier mois jusqu’à la naissance. Il peut être surprenant d’apprendre, à partir des quelques recherches effectuées, que les pères connaissent également l’anxiété et la dépression pendant la période allant de la conception à la naissance. L’intensité des symptômes est plus faible que celle des mères, mais le schéma en U semble identique. En particulier, pour les hommes qui en sont à leur première expérience parentale, l’anxiété est très élevée au cours des premier et troisième trimestres, tandis que les pères qui ont déjà des enfants connaissent les niveaux de stress les plus élevés, surtout au cours du troisième trimestre, celui qui est le plus proche de la naissance. Dans l’expérience de l’anxiété et du stress des pères, il n’y a pas que les facteurs psychologiques ou de personnalité qui comptent. Les hommes plus jeunes, avec une situation professionnelle instable et moins de temps à consacrer, sont ceux qui souffrent le plus pendant les mois d’attente. En général, l’anxiété des hommes diminue progressivement après la naissance, mais les choses ne se déroulent pas toujours de manière linéaire. La précarité de l’emploi ou les difficultés dans la relation avec le partenaire peuvent faciliter la poursuite de l’anxiété même après la naissance ou accentuer les expériences dépressives.

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Quelles sont les principales craintes des futurs et des nouveaux pères ?

Certaines craintes sont anciennes, typiques de l’histoire psychologique masculine, comme le fait de ne pas pouvoir protéger et subvenir aux besoins de la famille de manière adéquate. Les changements sociaux et culturels et l’égalité substantielle avec les femmes n’ont pas affecté le souci des futurs pères quant à leur capacité à être un bon soutien, tant économique qu’émotionnel, pour la famille qui se forme. Une autre crainte, en fait assez répandue bien que rarement admise, est celle de ne pas être vraiment le père de l’enfant. Cette peur est reconnue comme non fondée même par ceux qui la ressentent, il est très rare qu’il y ait de véritables soupçons ou des signes de trahison de la part du partenaire, mais cela indique à quel point certains mécanismes émotionnels sont profondément enracinés et mal contrôlables. Une autre peur qui se manifeste chez les pères pendant la grossesse est celle de la mort. C’est comme si la naissance d’un enfant révélait que l’on n’est plus le plus jeune. Si tout va bien, c’est-à-dire si les choses se passent comme il se doit, le père sait qu’il mourra avant l’enfant. En d’autres termes, la croyance typique de la jeunesse selon laquelle nous sommes immortels est définitivement dissoute. Souvent, lorsque cette prise de conscience apparaît, la crise peut être profonde et angoissante. Outre la crainte, largement ressentie par les futurs pères, pour la santé de l’enfant et de son partenaire, une autre crainte commune est celle des répercussions que la présence d’un enfant peut avoir sur la relation avec son partenaire. Par exemple, le père peut développer le soupçon angoissant et souvent vécu avec culpabilité et honte que l’enfant sera plus aimé qu’il ne l’est, que la relation entre la mère et l’enfant l’exclura de son intimité avec elle, que la relation sexuelle avec le partenaire se refroidira et qu’il n’y aura plus de place pour l’activité et le temps passé ensemble.

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Et si l’anxiété et les inquiétudes liées à la paternité ne s’apaisaient pas ?

Pour la plupart des hommes, ces craintes se dissipent rapidement après la naissance du bébé. Toutefois, lorsque cela ne se produit pas ou n’arrive pas rapidement, un soutien psychologique peut être extrêmement utile. Beaucoup d’hommes ne se sentent pas capables de parler de leurs angoisses et de leurs peurs avec quelqu’un et, souvent, ne les confrontent même pas avec leur partenaire. Avoir peur est une expérience que beaucoup de gens vivent comme une manifestation de faiblesse qui devrait être cachée. D’une certaine manière, le sentiment de peur semble être en contradiction avec l’image d’un homme fort, capable de soutenir la famille, que tout futur père tente de construire. Il y a aussi la crainte d’être jugé ou ridiculisé ou de ne pas être pris au sérieux. Un conseiller psychologique peut contribuer à réduire et à atténuer les angoisses et les inquiétudes liées à la paternité, dans un contexte d’acceptation et de partage à la fois professionnel, humainement accueillant et dépourvu de jugement.

Quels sont les risques d’une dépression post-partum ?

La dépression post-partum peut faire réapparaître une maladie psychiatrique préexistante, pas forcément dépistée auparavant. Grossesse et période post-accouchement représentent ainsi la période la plus à risque de rechute de troubles bipolaires. Elle peut aussi favoriser l’émergence de troubles psychiques, de la dépression du post-partum à la plus rare, mais plus grave psychose puerpérale, qui touche une femme sur mille. Pourtant, des signes d’alerte sont bien présents comme les troubles de l’humeur et le sentiment de vulnérabilité accrue de la mère. Mais ces troubles peuvent aussi mener au suicide, le risque est d’ailleurs 70 fois plus élevé dans l’année qui suit un accouchement qu’à tout autre moment de la vie d’une femme. Ces troubles psychiques constituent aujourd’hui la principale cause de mortalité maternelle périnatale, bien avant les hémorragies et les infections. Mais la santé future de l’enfant est elle aussi en jeu. 

Quels sont les signes qui peuvent alerter ?

Très souvent, la maman éprouve une fatigue qui confine à l’épuisement. Il est évidemment normal d’être fatiguée après un accouchement et avec l’arrivée de nouvelles responsabilités. Mais dans le cas d’une dépression, il s’agit d’une fatigue hors du commun, qui peut même être impressionnante vue de l’extérieur. A l’inverse, la femme victime de dépression post-natale peut être fébrile et hyper-active. Parallèlement, des troubles du sommeil sont également souvent présents, insomnie ou hypersomnie. Des pleurs répétés, que l’on tente souvent de masquer. Une irritabilité plus importante ou des colères disproportionnées et/ou répétées. Une anxiété constante, allant parfois jusqu’à des crises d’angoisse puissantes. La jeune maman peut avoir l’impression qu’elle ne parvient pas à aimer son bébé. Ou, au contraire, le fait de l’aimer peut se révéler une véritable souffrance. Il n’est pas rare qu’elle ait l’impression de ne pas être capable de s’en occuper, de se sentir inhabituellement désemparée devant ses nouvelles responsabilités. Bien sûr, chaque maman victime de dépression post-natale n’éprouve pas l’ensemble de ces symptômes, mais peut-être l’un ou plusieurs d’entre eux, de façon plus ou moins prononcée. Comme elle a souvent tendance à vouloir les cacher, il faut être attentif au moindre changement par rapport à son comportement habituel, sans toutefois devenir excessivement anxieux. Il est bien sûr normal de traverser une phase d’adaptation, notamment lorsqu’il s’agit du premier enfant.

Quels sont les facteurs de risque ? 

Faible estime de soi, événements de vie stressants, isolement social, difficultés conjugales, bouleversement physiologique et fatigue liée à l’arrivée de l’enfant sont les causes les plus fréquentes. Par ailleurs, le stress lié à l’accouchement peut jouer, surtout lorsqu’il se complique. Par ailleurs, s’il n’y a pas de profil type de la maman dépressive, plusieurs facteurs favorisants ont toutefois été identifiés. Ils ne sont en aucun cas déclencheurs de la dépression et ne sont pas indispensables à son apparition, mais ils peuvent créer un terrain favorable. Et ressemblent beaucoup aux facteurs de risque de la dépression classique.

  • Le fait de vivre dans la précarité n’aide évidemment pas à envisager les choses de façon positive. D’une manière générale, le milieu social dans lequel on évolue joue bien-sûr un rôle.
  • Vivre seul, sans soutien et sans écoute peut également influencer le moral de façon négative alors qu’avoir une vie sociale bien remplie et, surtout, un entourage à l’écoute aide souvent à surmonter les problèmes du quotidien.
  • Une relation de couple difficile peut également envenimer les choses.
  • Le fait d’avoir déjà fait une dépression post-natale rend les mamans un peu plus à risque d’en faire une autre mais ça n’est en aucun cas systématique. A l’inverse, on peut aussi avoir très bien vécu ses premières grossesse et faire une dépression pour le 2e ou 3e enfant, comme Nadège. Il n’y a aucune règle en la matière. Avoir fait une dépression à un moment donné dans sa vie constitue également un facteur de risque.
  • Les naissances difficiles, lorsque l’accouchement a été compliqué ou que l’enfant n’est pas né en bonne santé, peuvent également constituer un déclencheur.
  • Le fait d’avoir eu des relations difficiles avec ses propres parents dans la toute petite enfant pourrait aussi jouer un rôle important même si cela est très difficile à démontrer.

De même, on n’a jamais pu prouver que les bouleversements hormonaux liés à l’accouchement soient pour quelque chose dans ces dépressions post-natales. On sait que la chute brutale des hormones au 3e jour est directement responsable du baby-blues. Aucun autre lien n’a pu être formellement démontré, même si on ne peut pas non plus écarter cette hypothèse.

Comment l’entourage doit-il réagir ?

L’entourage joue un rôle à la fois primordial et extrêmement difficile auprès de la maman dépressive. Au départ, bien souvent, il ne comprend rien. Une naissance où tout s’est bien passé, c’est un événement heureux. Difficile, donc, d’imaginer que la jeune maman puisse vivre cet événement de façon douloureuse. En outre, elle semble souriante et fait tout pour cacher son désarroi. Elle est fatiguée, certes, mais qui ne l’est pas après un accouchement ? Le premier bon réflexe consiste donc à accepter que la dépression post-natale existe. Il faut admettre que l’on peut déprimer même lorsqu’il y n’a pas eu de catastrophe. »Une fois cet état de fait accepté, le premier bon geste consiste à offrir une oreille attentive. Se sentir écoutée et entourée peut déjà être d’un grand réconfort pour la maman. De même que pouvoir partager ses soucis et les soumettre à un regard extérieur peut l’aider à les relativiser un peu, ce qui devrait lui apporter un certain soulagement. Faites-lui bien sentir que, même si vous n’êtes pas à sa place, vous acceptez qu’elle se sente mal et ne la jugez pas. Cela l’aidera à moins culpabiliser de cet état désemparé dans lequel elle se trouve. C’est aussi à l’entourage de sentir si la personne dépressive a besoin d’une aide extérieure. Il faut l’encourager à faire la démarche, voire l’aider à consulter, se rendre avec elle chez un spécialiste. Faute de quoi, il est possible qu’elle rechigne à le faire ou qu’elle n’ait tout simplement pas la force de pousser la porte du cabinet du médecin.

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